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Pour la première fois de son histoire, le Sénat bascule à gauche


LEMONDE.FR | 25.09.11 | 22h47 • Mis à jour le 25.09.11 | 22h48


Jean-Pierre Bel, entouré de plusieurs sénateurs socialistes, annonce la victoire de la gauche au Sénat.AFP/THOMAS SAMSON

La victoire de la gauche au Sénat, dimanche 25 septembre, boulverse le paysage politique. Les conséquences pratiques de ce changement sont encore difficiles à déterminer. La gauche pourrait être tentée de profiter du Sénat pour donner corps à son opposition et émettre des propositions de loi, mais aussi amender les textes gouvernementaux, même si l'Assemblée nationale garde le dernier mot. Le président du Sénat aura également des pouvoirs en matière de nomination au Conseil supérieur de la magistrature ou au Conseil constitutionnel, et sera présent, en tant que deuxième personnage de l'Etat, aux côtés de M. Sarkozy dans les cérémonies officielles.



D'ores et déjà, François Hollande et le Vert Jean-Vincent Placé ont annoncé dimanche qu'il "y a une victime ce soir, c'est la règle d'or" que Nicolas Sarkozy envisageait de faire voter en Congrès. La majorité des trois cinquièmes qu'il lui fallait requérir est désormais inatteignable. Le PS pourrait aussi user des pouvoirs du Sénat en matière de contrôle de l'exécutif au travers notamment de commissions d'enquête sur les affaires qui touchent l'exécutif, comme celle de Karachi. "Nous n'avons aucune volonté d'obstruction", a déjà assuré le président du groupe PS Jean-Pierre Bel, ajoutant : "Nous entendons rendre au Sénat tout son rôle politique." Avant l'élection, Jean-Pierre Raffarin avait jugé qu'un Sénat de gauche "serait très dangereux pour la présidentielle, cela ne faciliterait pas les quelques mois qui restent".

La gauche majoritaire pour la première fois
Selon un décompte encore partiel, qui ne prend notamment pas en compte l'outre-mer, l'UMP compte 127 sénateurs, le PS 122. Il y a 17 sénateurs divers droite, 8 divers gauche, 10 écologistes, 21 élus PCF, 1 élu MRC (chevènementiste), 9 Nouveau centre, 10 radicaux de gauche, 4 MoDem, 4 radicaux valoisiens (parti de Jean-Louis Borloo), 7 Alliance centriste, 1 MPF (villiériste), 1 Gauche moderne, selon le décompte de l'AFP. Au total donc, et sans comptabiliser les 4 sénateurs MoDem, la droite compte 166 sénateurs, la gauche 172.

"Pour la première fois, le Sénat connaît l'alternance" a déclaré le président du groupe PS Jean-Pierre Bel. Alors que tous les résultats n'étaient pas encore parvenus, il a annoncé que la gauche avait déjà "175 sénateurs, c'est-à-dire au delà de la majorité absolue". "Le changement est en marche", a-t-il ajouté.

Au fur et à mesure de la journée, ce sont des résultats sévères pour la majorité qui sont tombés : le ministre de la ville, Maurice Leroy, battu ou encore un 8e siège gagné par la gauche à Paris où l'UMP à été victime de la dissidence de Pierre Charon, élu contre la liste officielle. Les mauvaises nouvelles ont continué à tomber : un gain d'un siège pour la gauche dans les Yvelines, le département du président UMP du Sénat Gérard Larcher. Et dans plusieurs départements, la gauche enregistre une forte poussée : Loiret, Isère, Nord, Pas de Calais, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne, Oise, Manche, Pyrénées-Orientales.

Il s'agit d'"une progression historique pour la gauche et une sanction incontestable pour l'UMP", a déclaré le premier secrétaire du PS par intérim, Harlem Désir, arrivé au Sénat peu après la candidate à la primaire PS Martine Aubry et celle de François Hollande.

L'UMP et Larcher espèrent conserver la présidence
L'Elysée a "pris acte" de la défaite de la droite, mais l'UMP ne renonce pas à conserver la présidence du Sénat. Gérard Larcher, président UMP sortant du Sénat, a annoncé qu'il serait candidat à sa propre succession. "La majorité sénatoriale, celle d'hier, n'avait pas les contours de la majorité présidentielle. Celle d'aujourd'hui a-t-elle celle du Parti socialiste ?, a-t-il interrogé. Elle reste à construire." "Les sénateurs auront à se déterminer entre deux projets, entre deux visions pour notre assemblée, deux candidats", a-t-il ajouté. En clair, Gérard Larcher espère convaincre quelques sénateurs radicaux ou divers gauche de voter pour lui, samedi 1er octobre, lors de l'élection à la présidence du Sénat.

Le palais du Luxembourg se trouverait alors dans une situation inédite : un président de droite et une majorité de gauche. Le PS a immédiatement mis en garde : "Il y a une majorité claire. Je ne crois pas à un tripatouillage pour nous piquer des voix. On aurait un Sénat ingouvernable", a déclaré Christophe Borgel, secrétaire national aux élections du Parti socialiste.

A l'UMP, Jean-François Copé a estimé qu'il s'agissait d'une "défaite", qui constitue "une déception mais pas une surprise" en raison "des défaites locales successives" depuis 2004. "C'est au troisième tour que se dessinera vraiment la majorité sénatoriale" avec l'élection du président du Sénat, a-t-il nuancé, en affirmant par ailleurs que "les vrais rendez-vous, c'est l'année prochaine", avec la présidentielle et les législatives. François Fillon, lui, a pris acte de la "forte poussée" de l'opposition, "accentuée par les divisions de la majorité". "Le moment de vérité aura lieu au printemps prochain", poursuit dans un communiqué le premier ministre, pour qui "ce soir, la bataille commence".

Les écologistes remportent dix sièges
Ils n'étaient que quatre avant les élections. Ils sont désormais dix sénateurs Europe-Ecologie-Les-Verts (EELV). C'est donc une très grande progression pour le parti de Cécile Duflot, qui a qualifié cette victoire de "moment historique pour la Ve République" avec notamment "l'immense probabilité du premier groupe écologiste parlementaire dans un Parlement en France". Mais pour cela, il faudra modifier le "règlement intérieur du Sénat pour passer à un seuil qui permette cette représentation", a-t-elle indiqué. Actuellement, il faut 15 sénateurs pour avoir un groupe. EELV veut faire abaisser ce seuil à 10 élus. Un accord serait déjà intervenu avec le PS sur cette question. Parmi les nouveaux élus Verts, le vice-président du conseil régional d''Ile-de-France, Jean-Vincent Placé, qui fait son entrée au Sénat après avoir été élu dans l'Essonne.

Les communistes gardent leur groupe
Pas de grosse surprise pour le groupe Communiste, républicain, citoyen et des sénateurs du Parti de gauche (PG). Il perd trois sièges sur les 18 à renouveler. Le PCF a perdu deux sièges, un en Seine-Saint-Denis et un dans l'Essonne. Il en a en revanche gagné un dans le Morbihan (Michel le Scouarnec). Quant au PG, il a perdu les sièges qu'il détenait, mais qui avait été élu sous des étiquettes PS et divers gauche.

"La citadelle de la droite est tombée !", a déclaré le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent. "C'est une sanction sans appel de la politique gouvernementale. Ce scrutin porte la marque du rejet de ses choix et de la colère des élus des collectivités territoriales face aux attaques répétées du gouvernement contre la démocratie locale." Lui-même était candidat à Paris mais a échoué à rentrer au palais du Luxembourg.

Le Monde.fr

http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/09/25/pour-la-premiere-fois-de-son-histoire-le-senat-bascule-a-gauche_1577644_823448.html#ens_id=1571650

POLITIQUES Aujourd'hui à 14h41 (Mis à jour à 20:49)

La gauche revendique une victoire «historique» au Sénat

[h2 Les socialistes pensent avoir [h2 gagné suffisamment de sièges de sénateurs ce dimanche, pour obtenir une majorité absolue de la gauche. Une première sous la Ve République.

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Par LIBÉRATION.FR


Vue de l'hémicycle du Sénat, à Paris, le 23 septembre 2011 (© AFP Joel Saget)
«Ce 25 septembre est un jour qui marquera l’Histoire» (Jean-Pierre Bel). «Ce soir, la gauche est majoritaire au Sénat» (François Rebsamen). «Les élus de France ont exprimé la volonté profonde de changement du pays» (Jean-Marc Ayrault), «une victoire formidable historique» (Martine Aubry). Ce dimanche, vers 19 heures, les socialistes ne parlent plus au conditionnel: ils revendiquent la majorité absolue de la chambre Haute, alors que les résultats du renouvellement de la moitié des sièges de sénateurs continuent de tomber.

Le chef de file des sénateurs PS, Jean-Pierre Bel annonce, à 19h15 - «en l’état actuel de nos informations»- «24,25 ou 26 siègges supplémentaires» pour la gauche: «De façon certaine, le Sénat compte ce soir au moins 175 sénateurs et sénatrices de gauche, c’est-à-dire au-delà de la majorité absolue», à... 174 sièges sur 348.

«On sent une lame de fond»

Dès le début d'après-midi, les premiers résultats du vote des grands électeurs indiquaient une forte poussée de la gauche avec, pour voyants au vert, les réélections, dès le premier tour, des socialistes sortants dans le Loiret, traditionnellement à droite, et dans le Morbihan, ou encore la progression de la gauche en Lozère.

Un peu plus tard, les résultats de Paris ont accentué cette tendance avec la prise par la gauche d’un huitième siège à une droite minée par ses divisions. «La gauche progresse partout, on sent une lame de fond. Le ras-le-bol des élus locaux, on le voit dans les résultats du premier tour», commençait alors à se réjouir, sur Public Sénat, le secrétaire national du PS aux élections, Christophe Borgel. Avant la confirmation d’un basculement du Sénat, la secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot, saluait, elle, déjà, une «double victoire»: «celle de la bascule envisageable, jamais aussi probable de la majorité du Sénat» et «celle d’une vraie victoire pour les écologistes».

Ce vote est évidemment un signal fort, à sept mois de la présidentielle. La gauche, qui a gagné toutes les dernières élections locales (municipales de 2008, régionales en 2010, cantonales de 2011), les «primaires» des sénatoriales selon le terme de Jean-Pierre Bel, ne pouvait a priori que progresser mathématiquement en sièges.

Outre ses divisions, la droite pâtit d’une forte grogne des élus locaux, qui ont mal accueilli la réforme territoriale et le regroupement des communes menés à marche forcée par les préfets. Le Premier ministre, François Fillon, concède, dans un communiqué laconique, une «forte poussée» de la gauche, «accentuée par les divisions de la majorité».

«La majorité sénatoriale a-t-elle les contours du PS?»

Pour minimiser la défaite, Jean-François Copé use, pour sa part, d’un argument alambiqué, en ne voyant dans la montée de la gauche qu’un effet à retardement des mauvais scores de la droite aux élections intermédiaires... et donc, en aucun cas, un vote sanction de l'action actuelle de la majorité. «Le corps électoral (conseillers régionaux, généraux et surtout délégués de conseils municipaux, ndlr), c’est la conséquence des défaites locales successives enregsitrées depuis 2008. Or ce corps électoral a été fixé en 2008, au début de notre quinquennat. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de surprise. Les grands électeurs cela ne constitue en rien un désaveu de la politique gouvernementale», justifie le patron de l’UMP.

Même élément de langage développée par Valérie Pécresse: «C’est la logique arithmétique des élections locales qui a joué et qui a fait basculer le Sénat». La ministre du Budget, qui s’exprimait sur RTL, veut croire qu’il ne s’agit «en rien d’un point de blocage politique pour le gouvernement puisque c’est l’Assemblée qui a le dernier mot». «Il n’y a pas de poussée de la gauche, c’est mathématique, cela aurait pu être pire», relativise à son tour, Patrick Ollier, le ministre chargé des Relations avec le Parlement.

Pourtant, pour le président sortant du Palais du Luxembourg, Gérard Larcher (UMP), le match n’est pas encore joué: «la majorité sénatoriale a-t-elle les contours du parti socialiste? Point d’interrogation, appuie-t-il, celle-ci reste à construire.» S’il admet que «la poussée de l’opposition est réelle et plus ample [qu’il ne l’avait] estimé», Larcher, réélu dimanche dans les Yvelines, ne s’avoue pas encore vaincu: «Le 1er octobre, je serai candidat à la présidence du Sénat.» «Je pense que rien n’est joué et le pronostic Larcher reste pour moi le pronostic favorable», soutient Jean-Pierre Raffarin... ancien rival de Larcher pour la conquête du Plateau (siège du président du Sénat) en 2008!

Larcher et Bel - selon toute probabilité - sont donc en route pour le «troisième] tour»http://www.liberation.fr/politiques/01012361890-poussee-de-la-gauche-aux-senatoriales

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